dansePeut-on penser et appliquer une politique culturelle ? On peut croire, et c’est dommage, que ces deux mots s’excluent l’un l’autre. Mais une véritable politique culturelle, c’est le contraire de la propagande, puisque c’est la politique au profit de la première de nos libertés (et la dernière – la seule qui nous reste, quelles que soient les épreuves, et qui souvent nous permet de survivre) : la liberté de l’esprit.

    L’empathie et l’écoute doivent permettre de définir l’offre culturelle au service de la population, et surtout pas en son nom.

    Sinon, le risque est d’entretenir la fracture avec la population, par l’échec de ce qui aura été organisé, ainsi que l’argument classique des ennemis de la démocratisation de la culture : « C’est de l’argent jeté par les fenêtres ! »

    Or, une culture qui provoque un sentiment d’échec et entretient des complexes ne se contente pas de faillir à sa mission. Bien plus gravement – et plus dangereusement – elle se trahit en se niant. Tout simplement, elle cesse d’être elle-même. Elle n’est plus culture, car elle livre les esprits en pâture à l’onanisme culturel, générateur de replis individualistes et identitaires au mauvais sens du terme – puisqu’une identité est vouée à s’enrichir par le partage.

    En effet, à travers mode et design, arts plastiques et arts de la rue, musique, danse, spectacle vivant et cinéma, la culture offre à tous un merveilleux moyen de réconciliation avec soi-même et, partant, avec l’autre.

    Sur notre territoire, nous devons faire fructifier  l’héritage de toutes nos différences, tous nos savoir-faire, tous nos métissages – en un mot, toutes nos histoires qui font notre histoire, afin de mettre en valeur ce qui nous rassemble et dont nous pouvons être fiers : la curiosité de l’autre et le plaisir de vivre ensemble.

    Tout le monde connaît cet exemple souvent donné aux Beaux-Arts : placez sur une île déserte un enfant doué pour le dessin, s’il ne peut être en contact avec la création des autres, son talent ne pourra jamais se développer idéalement. C’est parce que l’on donnera  à chacun la possibilité d’accéder à une offre culturelle qui lui convient qu’on lui donnera du même coup la possibilité de créer.

    Cette merveilleuse et fascinante vocation de Saint-Étienne à entraîner un mouvement culturel, non seulement hors de nos frontières régionales, mais aussi nationales, nous devons l’assumer avec calme et lucidité, mais aussi avec l’assurance de ceux qui savent qu’ils iront jusqu’au bout, parce que le temps leur donnera raison.

    Il convient d’être à la fois créatifs et audacieux et ne jamais oublier que notre créativité et notre audace doivent se nourrir de notre générosité. Notre territoire, nous le savons tous, est pétri de ces qualités, qui constituent depuis toujours la pierre d’angle de son identité.

    C’est en jouant nos propres atouts, et ils sont nombreux, que nous parviendrons à nous surpasser en défrichant, en découvrant de nouveaux horizons…